vendredi 23 mars 2012

Un petit tour au Piémont avec le Club "2 gars des Filles"

Nous sommes chez Élizabeth et il y a deux absentes, l’une malade et l’autre occupée. Le Piémont est à l’honneur, la région qualitative par excellence de l’Italie (oui, oui, avec la Toscane). Ils sont plutôt traditionnalistes les piémontais car jamais ils ne se sont aventurés à développer de nouveaux assemblages hors des normes exigeantes des DOC et DOCG, les étages supérieurs du système italien des appellations contrôlées. Ils ont opté pour l’accroissement des DOC et DOCG plutôt que d’envahir le secteur des IGT comme les autres régions italiennes. (SVP lire mon article sur les super toscans)

Le Piémont est le royaume du nebbiolo, un cépage particulier qui voyage difficilement mais qui permet la production de vins de très grande qualité;
les Barbarescos et Barolos, mais aussi de bons vins en appellations Langhe, Gattinara, Boca et Ghemme.

On compare souvent cette région à la Bourgogne à cause des traditions viticoles que se ressemblent et des difficultés que présentent la culture et la vinification du Pinot Noir et du Nebbiolo.  Aussi, les sols se ressemblent beaucoup, principalement calcaires avec marne ou argile. Comme en Bourgogne, il y a des producteurs vedettes aux noms évocateurs : Gaja, Giacosa, Conterno, Scavino, Chiarlo, Cesare etc… Et comme en Bourgogne, ils sont souvent hors de prix, même si généralement parlant les vins du Piémont sont moins chers que  les flacons bourguignons.

Malgré nos moyens relativement modestes, j’avais réuni plusieurs bons vins des principales appellations de la région : Barbaresco, Barolo. Gattinara, Boca, Langhe, Barbera et Dolcetto. Passons vite sur les deux dernières qui sont somme toute assez ordinaires pour s’attarder sur celles qui permettent des vins de qualité.

La deuxième série de trois vins est bien reçue. Le Gattinara d’Antoniolo 2006 plait mais moins que le Boca Le Piave 2005, un assemblage de Nebbiolo, Vespolina et Bonarda, ou encore le Langhe Il Pavot 2006 d’Aldo Conterno qui se révèlera supérieur au deux autres avec les divers aliments que nous dégusterons un peu plus tard.

Suivent les deux Barbarescos et les deux Barolos. Le Coste Rubin de Fontanafredda 2007 est le plus faible des quatres. L ‘autre Barbaresco, l’entrée de gamme de Michele Chiarlo en millésime 2006 fait merveille avec la bouffe. Les deux Barolos, tous deux de 2004, sont intéressants mais le Pio Cesare sera décevant avec les victuailles alors que le Gramolere de Fratelli Alessandro se révélera le meilleur vin de la soirée à tous les points de vue.
Le rapport qualité prix le plus intéressant? Sans contredit, le Barbaresco de Chiarlo.

Voici la liste des vins dégustés par ordre de préférence :

1) Barolo, Gramiolere, Fratelli Alessandro 2004,     56.00$
2) Langhe, Il Pavot, Aldo Conterno 2006,              55.00$
3) Barbaresco, Michele Chiarlo 2006                       35.50$
4) Barolo, Pio Cesare 2004                                      53.00$
5) Boca, Le Piave 2005                                           53.25$
6) Gattinara, Antoniolo 2006                                   45.75$
7) Barbaresco, Coste Rubin, Fontanafredda 2007     36.50$
8) Barbera d’Asti, Tenuta Olim Bauda, Nizza 2007  34.75$
9) Dolcetto d’Alba Pelissero 2009                            28.00$

mardi 13 mars 2012

Le Portugal; de bons vins souvent pas chers

Carole nous gâte : un champagne Pol Roger, Brut, Extra Cuvée de Réservee du millésime 2000 pour activer nos papilles. Nous sommes huit autour de la table de l’appartement d'Adam. Les échanges de vins, issus d’achats collectifs, sont terminés. On peut démarrer.

Deux vins blancs nous attendent. Le jeu? Découvrir lequel des deux est un assemblage.

Facile, tout le monde repère le Vihno Verde du Minho (nord du Portugal) fait exclusivement d’alvarihno, ce cépage  qui donne des vins aux arômes exubérants et fruités; vin de plaisir et de fête que l’on retrouve aussi en Espagne, surtout dans le Rias Baixas, sous le  nom d’albarino.

Le deuxième vin  blanc fait l’unanimité pour sa complexité, sa finesse, ses arômes de noisettes grillés (certains diront sésame grillé), sa belle finale avec une touche d ‘amertume subtile et agréable. Le Pêra-Manca 2007, de la Fundaçao Eugénio Almeida est de l’Alentejo, une région au sud du pays. Il est fait avec les cépages autochtones Antâo Vaz et Arinto.

Un peu comme l’Italie, le Portugal privilégie les cépages issus du pays. Cela donne des vins différents, uniques, pleins de charme comme plusieurs des rouges qui vont suivre.

La deuxième série dépose trois rouges devant nous. Le jeu? Découvrir lequel n’a pas de Touriga Nacional (le cépage principal du Porto) mais un cépage dit international et quel est ce cépage. Les deux autres sont de la même appellation avec Touriga Nacional. Les 3 vins sont de l’Alentejo ou du Beiras. Après de multiples  discussions et échanges, le groupe se rallie à Adam qui croit avec raison que les vins 2 et 3 sont de la même appellation, donc du Beiras. Le seul à trouver le Cabernet/sauvignon dans l’assemblage de l’Alentejo est Julien. Les autres ont cru identifier de la Syrah à cause d’un nez un peu poivré. Un vin ressort avec distinction, le 3e, le Quinta da Ponte Pedrinha Reserva 2005 un DAO du Beiras, que l’on peut trouver en SAQ lors des arrivages portugais, à 23.50$ seulement.

La dernière série aligne cinq vins, tous du Douro, la région qui produit le Porto. Deux sont de producteurs indépendants et deux sont de la même maison réputée autant pour ses portos que ses vins secs. Jean-François, un fan du Portugal, trouve rapidement la maison et l’un des vins en identifiant aussi l’année; Le Reserva Especial 2003, Casa Ferreirinha Sogrape,  qui ferme la marche, le plus beau vin de la soirée, celui qui peut encore vieillir doucement tout en se bonifiant. Le deuxième vin de cette maison est le Vinha Grande 2008, fort apprécié aussi dans cette série de 5, au prix modique de 19.50$. Les deux se trouvent régulièrement à la SAQ.

L’un des deux indépendants ressort aussi et se retrouvera 5e au palmarès de la soirée; le Bafarela Grande Reserva 2009. Le deuxième indépendant est identifié aussi  comme tel par une majorité de dégustateurs mais ne brille pas autant que le précédent. Enfin, le Kopke Reserva 2008 de la maison Sogevinus ne passe aucunement la rampe, étriqué, maigre, à la  finale d’une astringence  inouïe; « un vin momifié » dira Julien pourtant porté à la modération.

Tous les vins sont produits avec du Touriga Nacional, du Touriga Franca et du Tinta Roriz, sauf le Kopke qui n’a pas de Franca.

Voici la liste des vins par ordre d’appréciation.

Le Palmares :
1) le Reserva Especial, Casa Ferreirinha 2003, Douro                                     73.50$ (ouch!)
2) le Quinta da Ponte Pedrinha Reserva , Daô, Beiras 2005                            23.50$
3) le Pêra-Manca 2007, Fundaçaô Eugenio Almeida , Alentejo                      40.00$ (vaut son prix)
4) le Vinha Grande 2008 de Casa Ferreirinha, Douro                                     19.50$
5) le Brarafela Grande Reserva 2009, Douro (indépendant)                            18.00$           

Suivent :
- le Talentus 2007 de Quinta Seara d’Ordens, Douro  (indépendant)               32.00$ (un peu cher)
- le Vinho Verde Dona Paterna, Carlos Alberto Codesso, Minho                    15.00$
- le Esporâo  Reserva, Alentejo 2008                                                               15.60$
- le Casa de Santar Reserva 2007 du Dao, Beiras                                            19.00$

Et loin derrière :

- le Kopke Resreva 2008 de Sogevinus , Douro                                                15.00$

Un livre :
- The Wine and Food Lover’s Guide to Portugal, by Charles Metcalfe & Kathryn McWhirter, Inn House publishing, 2008.
                                     

jeudi 1 mars 2012

LES OENOPOTES FONT UNE INCURSION EN TOSCANE

Nous avons changé de maison ce soir. Joe, notre hôte habituel est déménagé récemment et c’est Jean-François qui accueille les six autres membres du Club. Il y a aussi son ami René. C’est ma deuxième dégustation en Toscane ce mois ci et j’en suis ravi.

Les 4 premières bouteilles circulent déjà mais le processus est ralenti par quelques convives qui doivent changer leur voiture de bord de rue à 19h00, OUTREMONT oblige. On finit tout de même par se retrouver tous avec nos 4 vins, dans l’ordre ou Conrad nous les a proposés.

Les yeux se mettent au travail puis rapidement nous passons au nez, le moment le plus agréable en dégustation. Les verres sont humés à tour de rôle, on échange nos premières impressions, on goûte, on rediscute, on attend un peu avant de conclure, on refait le tour plusieurs fois et voici ce qu’il en ressort.

D’abord, le Piastraia de la Maison Michele Satta, un Bolgheri 2003, un millésime ingrat pour les vins de cette appellation à cause de la grande canicule de cet été là...  Malgré cela, c’est  le plus achevé de la série, le nez le plus subtil et le plus ouvert, d’une belle complexité, une bouche en ligne avec le nez, de la presque dentelle et une belle finale toute en finesse. Il est prêt à boire.

Le Mormoreto, Castello di Nippozzano, IGT 2007 de Frescobaldi est un assemblage de type Bordelais avec le Cabernet Sauvignon en dominance.  Les tannins sont fougueux, les arômes puissants, une belle structure, un bel équilibre, une longue finale qui sera superbe un jour. Beaucoup de potentiel, mais trop jeune. Un infanticide dira Conrad.

Le troisième représente la  tradition en Toscane, un Chianti Classico 2007 de la Maison Castello di Alma. Il tarde à s’ouvrir, ne livre rien au départ mais lentement il émerge et se révèle fort honnête laissant libre cours au Sangiovese, le cépage roi en Toscane. La finale est moyenne, un peu sèche et astringente.

Finalement, l’Adeo, Campo alla Sughera 2009, un autre Bolgheri, déçoit. Boisé, aux arômes et au goût de vanille envahissants, plutôt étroit. Un vin correct, sans plus, mais qui souffre beaucoup de la comparaison avec les autres. Les dégustations sont souvent cruelles.

Le délicieux potage aux carottes, pommes, fond de veau et touche de crème préparé par Conrad s’accorde bien avec le premier vin et dans une moindre mesure avec le Chianti Classico.

On enchaîne.

La deuxième série est plus relevée avec deux Brunello di Montalcino en ouverture, suivis de deux millésimes du Brancaia Il Blu.

Le CastelGiocondo du Marchese de Frescobaldi est l’un des meilleurs rapports qualité prix en Brunello di Montalcino, le grand vin classique de la Toscane. Celui-ci est de l’année 2006, l’un des bons millésime de la décennie en Italie. Il est moins intense et il peut se bonifier encore quelques années.

Le Brunello qui le suit est nettement plus étoffé mais on est vite rassasié alors que le précédent nous pousse à aller au fond de la bouteille. Ce Poggio Antico est du millésime 2001, une autre belle année en Toscane. Les deux vins accompagneront bien les fromages de vache et de brebis qui suivront les spaghettis « sauce tomate, oignons, beurres et huile d’olive » préparés par Christian et qui sont tout simplement sublimes.

Je dérive mais pas tant que ça car les Brancaia Il Blu qui suivent, un 2001 et un 2004, seront de beaux  accompagnateurs de ce plat, et l’accord avec le 2004 sera unanimement remarqué et célébré  par les dégustateurs. Deux très beaux toscans, intenses et puissants, aux finales prolongées et larges, le 2001 tardant un peu à émerger mais d’une grande complexité à son réveil. Voilà des vins qui célèbrent bien la nouvelle Toscane, celle des IGT et des super toscans.

Nous n’avons pas souffert ce soir .

Voici la liste des vins avec leur encépagement :

1) Piastraia, Bolgheri de Michele Satta, 2003. Syrah, Sangiovese, Merlot et Cabernet Franc.;         

2) Mormoreto, Castello di Nipozzano, IGT, Frescobaldi 2007. Cabernet Sauvignon 60%, Merlot 25% et Cabernet franc 15%;

3) Castello di Alma, Chianti Classico 2007. Sangiovese à 80% plus Merlot, Cabernet Franc, Pinot Noir etc. pour 20%;

4) Adeo, Campo alla Sughera, Bolgheri 2009. 4 cépages bordelais : Cabernet Sauvignon, Cabernet Franc, Merlot et Petit Verdot, avec en plus des cépages blancs en petite quantité; Vermentino, Sauvignon et Chardonnay;

5) CastelGiocondo, Brunello di Montalcino, Frescobladi 2006. 100% Sangiovese;

6) Poggio Antico, Brunello di Montalcino 2001 : 100% Sangiovese :

7) Brancaia Il Blu, IGT 2001: 50% Sangiovese, 45% Merlot, 5% Cabernet Sauvignon :

8) Brancaia Il Blu IGT 2004 : ibidem

 



jeudi 23 février 2012

Le PINGUS, un vin IMMENSE.


Grande déception hier. Peter Sisseck, ce danois un peu excentrique qui fait du vin depuis 20 ans en Espagne n’y était pas. Il a plutôt choisi de se rendre au « Wine Festival » de Vancouver. Shocks! Nathalie Bonhomme, sa responsable de la distribution et de la commercialisation des produits Pingus le représentait. Une québécoise qui vit en Espagne depuis 20ans et qui représente plusieurs grandes Bodegas espagnoles. Gentille, charmante, compétente, qui faisait de son mieux pour nous présenter les trois vins en dégustations mais ce n’est pas comme si…

Chez Pingus, Sisseck a la main sur tout. Il connaît ses terroirs comme le creux de sa main, les caractéristiques et la qualité de ses sols, l’âge et la productivité de ses vignes. Il travaille dans le plus grand respect de la nature, en totale « biodynamie ». Pourtant, dès que les raisins entrent dans le chais, il a recours aux technologies les plus modernes, mais il conserve l’approche des fermentations alcooliques et malolactiques spontanées, i.e sans levures ou intrants ajoutés.

C’est en Ribera del Duero, qu’il s’est installé, comme directeur technique de la Cave Hacienda Monasterio où il est toujours. Mais c’est vraiment plus tard que sa grande aventure a commencé, en créant son propre vignoble, le Dominio de Pingus, sur les hauteurs de la Horra, là où l’on trouve des vignes de Tempranillo (Tinto del Pais) qui ont plus de quatre-vingts ans.

Son Pingus est vite devenu un vin recherché, prisé, lorsqu’en 1998 Robert Parker le sacrât   « Le plus grand jeune vin rouge qu’il n’ait jamais bu », tout en lui accordant 98/100. Ce fut le début de la gloire et du succès. Ce fut aussi le début de la rareté de ce grand vin puisqu’on en fait pas plus de  5 000 bouteilles chaque année (souvent moins), comme le Romanée Conti d’ailleurs.

Les trente chanceux qui ont obtenu leur place à la loterie ont pu le déguster ce Pingus hier, en même temps que les deux autres cuvées du domaine.

Le vin d’entrée de gamme, PSI 2009, est fait exclusivement de tempranillos produits par divers  vignerons des vallées de Gromejon et Perales , deux terroirs de qualité situés entre 800 et 950 mètres d’altitude au dessus du Duero, ce qui est élevé pour l’Europe.

Bel équilibre, aromatique, fruits rouges, un peu d’épice, du bois mais pas trop obsédant,  des tannins présents mais souples, de l’acidité, donc de la fraicheur, très chaud malgré un degré modéré d’alcool de 13,5%. Le milieu de bouche est un peu maigre et la finale un  peu courte. Encore jeune, il se bonifiera durant 5 à 10 ans mais pas beaucoup plus. Dans le marché des vins espagnols, il est peut-être un peu cher à 40.50$. Il y en a de disponible dans le réseau de la SAQ. J’en ai tout de même acheté trois bouteilles.

Le FLOR de PINGUS est un vin plus connu, moins récent que le précédent. Jusqu’à tout récemment il se vendait 69.00$, une véritable aubaine pour un vin de cette qualité. Le millésime 2009 que nous avons gouté se vendra 104,00$ en octobre prochain. À ce prix ,la compétition mondiale est forte. Une chose étonnante avec les trois vins dégustés hier, le nez s’ouvre rapidement dans le verre  livrant ses arômes avec enthousiasme, ne révélant que timidement la jeunesse du vin, alors que la bouche reste plus fermée, plus dense.

Des arômes de fruits noirs, puis des épices (muscade, cardamome), puis du bois de santal et un début de torréfaction (café léger) ce qui surprend pour un vin si jeune. Complexe, disposé à livrer beaucoup plus dans 10 ou 15 ans, une droiture impeccable du début de bouche jusqu’à la finale qui est longue et étoffée. Un vin charnu, qui a du corps, des tannins agressifs qui se calment rapidement après l’entrée en bouche, livrant un peu plus de sa beauté. Il est fait à 100% de raisins de tempranillo qui proviennent des vignes du vignoble de Sisseck à La Horra-Roa. En achèterais-je en octobre plutôt que des 1er Crus de Bourgogne ou des beaux vins de la Rhône septentrionale à des prix comparables?  Pas certain.

Enfin, le PINGUS, ce PINGUS tant admiré par Parker est versé dans nos verres. Il est tout simplement magnifique, un géant, tous pays et toutes catégories confondus. Nez immense, complexe aux couches successives d’arômes de fruits très noirs, de prunes, d’épices, d’eucalyptus… Une bouche dense, expansive, aux tannins intenses mais soyeux, un bois discret et intégré, un milieu de bouche extraordinaire de plénitude, et une finale d’une grande harmonie et d’une longueur qui n’en finit plus de finir. Un équilibre, une harmonie impeccable.

Je manque de mots pour décrire mon admiration, mon plaisir et l’émotion  ressentie à déguster cette merveille. Un beau moment dans ma vie de fou du vin. Pourtant, c’est encore un bébé, vendangé en 2008 qui sort à peine des chais de Sisseck.

Je n’aurai sans doute plus l’occasion de goûter à ce vin à 743.75$ la bouteille. Un prix sensiblement comparable à l’Ermita, le grand vin du Priorato d’Alvarao Palsacio et deux fois plus cher que l’« Unico » de Vega Sicilia en Ribera del Duero, les deux autres stars de l’Espagne vinicole moderne.


Gracias a la vida.


mardi 14 février 2012

Un "touch and go" en Espagne avec le Club des Finauds

 L’Espagne a le plus grand vignoble du monde et se situe au troisième rang des pays producteurs. Des régions évocatrices; Rioja, Ribera del Duero, Priorato, Bierzo, Rueda, Rias Baixas, Penedes. 


J’ai beaucoup fréquenté l’Espagne à la fin du siècle dernier en même temps  que j’explorais à fond le nouveau monde. J’aimais le côté terreux des vins rouges, l’originalité et la pugnacité variée des Jerez . Il y a de grands vins en Espagne et de grands domaines : Vega Sicilia, Alvaro Palacios, son Ermita et ses grandes cuvées du Bierzo, Dominio de Pingus avec ses cuvées Pingus  et Flor, entre autres.

Notre groupe était donc fort content que Jérôme ait choisi d’explorer un peu de cette Espagne tout en nous faisant jouer aux dégustateurs. Le choix s’est porté sur la région Ribera del Duero, un des vignobles moyens en superficie  (17 000 hectares) mais très prisé en terme de qualité, et le petit Priorato avec ses 1650 ha, un des vignobles en vogue depuis une dizaine d ‘années.

Première série
Quatre vins du Duero pour commencer dont un seul est un assemblage. Les trois autres sont en totalité ou en totale dominance issus du cépage principal de cette région et du Rioja; le Tempranillo. Vous comprendrez qu’il faut trouver l’assemblage.
Les vins alignés, nous l’apprendrons à la fin de l’exercice sont :
-       le Valbuena 5.0 2003, deuxième vin du Domaine Vega Sicilia;
-       l’Arzuaga Reserva 2006;
-       l’Alion 2004, autre vin du Domaine Vega Sicilia
-       et enfin, le Tinto Pesquera 2004 d’Alejandro Fernandez.

Tous les vins étaient beaux sauf peut-être l’Alion qui avait un côté sanguin, viandeux, presque « bretté » un peu inhabituel pour ce domaine et ce vin particulier. Cela dit, j’étais à peu près le seul que cela dérangeait vraiment. Par ailleurs, cela le faisait se distinguer des autres ce qui a amené plusieurs convives à le choisir comme assemblage.

Une seule personne a identifié  le Vega Cecilia comme vin d’assemblage et peu  l’ont choisi comme vin préféré malgré l’énorme réputation des vins de ce domaine mais à l’aveugle il arrive souvent que les plus grands vins ne reçoivent pas les égards qui leurs sont dus.
La plupart se sont  tournés vers l’Arzuaga ou le Pesquera, plus classiques, plus dans la palette traditionnelle des vins du Ribera del Duero.

Deuxième série
Le Priorato est le domaine des assemblages avec la Granacha en principal, le Grenache, le même que l’on retrouve en dominance dans le sud de la France, en Rhône méridionale et dans le Languedoc-Roussillon. Il y a trois vins du Priorat : le Dofi 2009, deuxième vin d’Alavaro Palacios; le Miserere 2004 et le Galena 2006 du Domini de la Cartoixa. Un intrus s’y trouvait : le Cabernet- sauvignon 2005 du californien de Nappa, Joseph Phelps. Presque tous les dégustateurs l’ont identifié à cause de son velours, son caractère soyeux. Bien peu aurait pensé que ce « pirate »  venait de la Californie tant il était aimable, presque facile. Plusieurs l’ont choisi comme leur vin préféré de la série. Le Galena aussi même si c’est le plus modeste des trois vins du Priorato sur la table.

Épilogue
Une belle dégustation intéressante. On a rendez-vous en mars pour une dégustation de vins portugais préparée par Carole qui est allée au Portugal il y a quelques mois. J’ai hâte car voilà une région que je connais peu, que je connais mal.

samedi 11 février 2012

TOSCANA, TOSCANA

La cour arrière de l’immeuble de Max-Eric est une véritable patinoire. Son balcon arrière qui nous permet d’accéder à son appartement du deuxième étage l’est aussi. Mon épaule amochée qui devrait être en bandoulière et la fragilité des sacs remplis de verres de dégustation ne rend pas l’exercice facile. Il faut aussi monter les vins, les crachoirs, les nappes et les serviettes, la documentation etc. Heureusement, Hélène et Max-Eric me prêtent main forte.

Les convives tardent. L’immeuble de Max-Eric a des clones le long de la rue du Bord du Lac à Lachine dont deux sont des copies quasi conformes; même hauteur,  même style architectural, mêmes couleurs, situés en coin de rue, mais à des centaines de mètres les uns des autres, Certains dégustateurs en ont fait un d’autres deux avant de trouver le bon. Et mon téléphone portable qui était sur vibration, enfoui dans les poches de mon manteau, à l’arrière de la maison. Enfin, tout le monde y est. Il est 20h00 heures et on déguste le délicieux Franciacorta Brut de la maison Antica Fratta en Lombardie qui produit l’un des beaux mousseux d’Italie. On peut s’asseoir et entreprendre la dégustation de vins de Toscane.

La première série qui circule donne une idée des vins modestes mais intéressants issus de cette région. Un Chiant Rufina 2008, un Rosso di Montalcino 2006 , une IGT le La Massa 2007 et un Colline Lucchesi 2009.

Le Chianti est simple, aromatique, fruité et floral. Sympathique sans plus. Le Rosso en donne un peu plus en complexité mais excite peu la table. Dommage, moi j’aime bien. Le Massa nous amène dans une autre dimension, plus étoffé, plus complexe avec une belle finale assez longue et une droiture qui étonnent pour un vin de moins de 30.00$. Enfin le Colline Lucchesi, plus doux, plus délicat, aux arômes discrets mais complexes séduit tout le monde.

À peine 40 minutes de passer et on  attaque déjà la deuxième série. Les convives ont faim pour forcer l’allure de cette façon. J’annonce qu’on va bouffer les légumes, les « pasta », les « antipasto » et les charcuteries après cette série. Le tempo ralentit. Fiou!!!!

Le Bogheri superiore 2005 ouvre la marche, suivi du Morellino di Scansano Riserva 2007 et d’un excellent Vino Nobile de Montepulciano 2006. Les trois plaisent mais c’est surtout le Vino Nobile qui retient l’attention et qui se révèlera l’un des préférés de la soirée. Dense, complexe,  avec du corps et une finale étoffée, d’une belle longueur. Un beau vin, équilibré, qui peut vieillir encore longtemps tout en se bonifiant.

On mange, tel que prévu et le « Bolgheri »,  le « La Massa » et le « Vino Nobile » démontrent de belles qualités gastronomiques. Les autres vins atteignent  rapidement leurs limites. C’est le Vino Nobile qui se montre le plus flexible.

Arrive la dernière série, celle  des vins les plus intéressants. Elle tient ses promesses.
Le super toscan Promis 2002 du piémontais Gaja est formidable de finesse et de délicatesse. Un nez aromatique et complexe, une bouche suave et soyeuse avec une finale interminable. Wow! Suit l’époustouflant Chianti Classico de la maison Fontodi, un 2006, grande année en Chianti et en Toscane. Intense, puissant, volontaire, avec une droiture et une constance du début  jusqu’en fin de bouche avec un milieu spectaculaire et charnu. Les tanins sont fermes mais au grain fin, l’alcool élevé mais on ne le sont pas tant il est harmonieux. Une belle illustration de ce que l’on peut faire avec du sangiovese. Enfin, le beau mais trop jeune Brunello di Montalcino de la maison Argiano, également du millésime 2006. Il est rempli de promesse, racé, altier; l’expression d’une des plus belles appellations d’Italie. On est comblé, par une superbe série finale.

Les stars de la soirée, dans l’ordre :
Le Chianti Classico, Le Promis, le Brunello et le Vino Nobile.

LA LISTE DES VINS
Franciacorta Brut, Antica Fratta de Lombardie  12%                                              33.00$
1) Chianti Rufina, DOCG, Nipozzano Riserva 2008  13.5%                                    23.15$
2) Rosso di Montalcino, DOC, Argiano 2006,  14%                         
27.25$
3) Colline Lucchesi,. DOC, Palistorti di Valgiano 2009  14%                                    26.25$
4) La Massa, IGT 2007, Sangiovese, Merlot, Cabernet Sauv.  13.5%            
28.90$
5) Bolgheri superiore, DOC, Arnione 2005 14%                                                            44.50$
6) Morellino di Scansano, DOCG, Riserva, Moris 2007,  14%                                    33.50$
7) Vino Nobile de Montepulciano, DOCG, Poliziano, 2006 14.5%                        49.75$
8) Chianti Classico, DOCG, Vigna del Sorbo, Fontodi 2006 14.5%                        56.25$
9) Carmacanda, Promis , IGT super toscan, Gaja 2002 13.5%                       
56.25$, Merlot, Syrah, Sangiovese
10) Brunello di Montalcino, DOCG, Argiano, 2006 14%                                    58.00$







vendredi 10 février 2012

D'OÙ VIENNENT LES SUPER TOSCANS?

De la Toscane en Italie me répondrez-vous. Oui, mais encore?

Pour comprendre ce phénomène, il faut se rappeler que les italiens sont farouchement indépendants et souvent réfractaires aux contraintes qui briment leur liberté et leur créativité.  Or, le système des appellations contrôlées de l’Italie, comme celui de la France et de l’Espagne ont des exigences fort  élevées pour quiconque se réclame d’une appellation spécifique comme « Chianti Classico » ou « Barolo » ou encore « Amarone della Valpolicella ».

Il y a seulement le ¼  de la production totale de vin en  Italie qui sont sous le parapluie des appellations contrôlées de qualité : DOC, Denominazione di Origine Controllata; ou DOCG, Denominazione di Origine Controllata e Garantita. Par contre, le Vino de Tavola (vin de table), catégorie où les exigences sont minimalistes, comprend à elle seule  la ½  de la production totale. Très italien n’est-ce pas? Où est l’autre ¼?

Au milieu des années soixante-dix, alors que la Toscane et quelques autres régions  amorcent un virage vers la qualité, quelques producteurs toscans dont les cousins Nicolo Incisa della Rochetta et Piero Antinori, développent des Vins de Table de très grande qualité, hors des normes. Le Sassicaia et le Tignanello, deviennent fort populaires chez les grands amateurs de vin de Toscane. Ils seront  suivis par les  Ornellaia,  Solaia, Il Querciolaia, Brancaia, Vigorello et tant d’autres, au point qu’ils font ombrage aux grandes appellations de la Toscane telles les Brunello di Montalcino, les Vino Nobile de Montepulciano, ou les Chianti Classico.

Pris de court, le gouvernement italien veut encadrer ce phénomène. À l’image des « vins de pays » en France, il crée au milieu des années quatre-vingt-dix la nouvelle appellation, IGT, Indicazione Geografica Tipica, pour permettre aux vignerons italiens qui le souhaitent de produire à leur manière, presque sans contraintes, les vins de qualité qu’ils veulent, mais hors du fourretout peu reluisant des Vino de Tavola, les fameux vins de table italiens. En 20 ans, 120 nouvelles zones IGT sont créées dans la foulée des 6 IGT de Toscane. Voilà où est le dernier ¼ .

Les Super Toscan sont tous produits en IGT dont certains atteignent des prix qui dépassent parfois ceux des plus grandes DOC et DOCG du Piémont, de la Vénétie et de la Toscane, les trois régions reconnues pour la qualité de leurs vins.

Attention, tous les « Super Toscans » sont en IGT mais toutes les IGT de Toscane ne sont pas des « Super Toscans » à fort prix. Plusieurs sont à coûts abordables. En Toscane, les  Insoglio, Col di Sasso, Massa, Farnito, Centine, Villa Antinori, Le Volte, Santa Cristina, Dogajolo, sont moins chers et  souvent fort bons. Ils font concurrence aux DOC tels les Rosso di Montalcino et Rosso di Montepulciano ou encore les Chianti, à des prix comparables et parfois moins bons que les IGT, surtout les Chianti.

Voilà une autre belle histoire d’Italiens.

N.B. Il y a 41 DOCG (Denominazione di Origene Controlatta e Garantita), et 317 DOC, (Denominazione di Origene Controlatta), le sommet présumé de la pyramide de qualité en Italie, qui regroupent 27% de la production totale. Les 120 IGT en sont venues à représenter  le même pourcentage en un peu plus de 20 ans. Pas mal tout de même?