mardi 20 décembre 2011

Une soirée de dégustation passionnante, avec des jeunes...

Les 4 danseuses sont là, jolies, élégantes et si jeunes; Randy, Audrey, Julie et Alexia. Elles ont acheté la dégustation mise à l’encan de la Fondation pour la relève en danse, avec François, danseur à ses heures et l’ami de cœur de Julie. Il y a aussi William, musicien et « tchum »  d’Alexia et Kaleigh qui accompagne Audrey. Ils ont moins de 25 ans et écoutent avec sérieux les recommandations et explications d’usage tout en dégustant le champagne rosé première cuvée de Bruno Paillard.

Ils sont un peu impressionnés par la cinquantaine de verres, les crachoirs en "stainless" et les piles de serviettes de papier qui occupent toute la place sur la longue table. Cela ne durera pas, car dès que les bouteilles de blancs commencent à circuler, que le vin tombe dans les verres, les questions fusent.

Ils ont pris le temps de lire attentivement la documentation que j’ai déposée devant chaque place. Ils veulent comprendre mes choix, tout savoir sur les vins avant même d’y avoir gouté. Je tempère leur enthousiasme en leur recommandant de procéder d’une manière un peu ordonnée, ce qu’ils acceptent de bonnes grâces,

On ouvre avec les blancs.

Le Sauvignon « Blanc » (prononcé Blanck ) 2010 de la maison sud-africaine Klein Constantia ouvre la marche; suivi du Pouilly Fuisse 2008 de Marnay Sorelles , du Mâcon en Bourgogne; le Vouvray « Le Mont 2009 » du Domaine Huet en Loire; et, finalement, la Cuvée Nicolas, le Riesling grand cru Kafferkopf 2009 de l’alsacien Martin Schaetzel. Sauvignon, chardonnay, chenin et riesling, quatre des principaux cépages en blanc.

Le sauvignon provoque des réactions mitigées. Il est trop acide, trop vert, trop agressif, trop aromatique… Trop quoi… Le chardonnay est plus convenu, classique et rond, une certaine droiture. Il est mieux accepté, mais ne laissera pas une trace indélébile dans leur mémoire. Le chenin plait énormément, mais c’est le riesling qui remporte la faveur de tous.
Arômes de fruits blancs avec une touche de litchi et d’ananas, une fragrance pétrolée très subtile en finale, une « sucrosité » un peu trop présente à mon goût, mais qui séduit la jeune tablée.

Ils sont appelés à retenir deux vins après les avoir associés à un Brillat-Savarin triple crème de Bourgogne et le Petit Basque, un fromage de brebis des Pyrénées. Le sauvignon ne rejoint personne même s’il se comporte très bien avec le fromage basque. Le chardonnay est gardé par deux dégustatrices, sans doute à cause du bel accord avec le Brillat-Savarin. Les autres conservent le chenin et le riesling qui fait l'unanimité une fois de plus.

Arrivent les rouges.

Un  Pinot noir 2009 de la Vosne Romanée, Domaine Confuron-Cotetidot, choisi pour illustrer un vin trop jeune qu’i faut laisser vieillir; puis un Sangiovese, Chianti Classico 2006 de la maison Querciabella; la Syrah « The Stork » 2005 du vignoble Hartenberg à Stellenbosch, Afrique du Sud; le Cabernet Sauvignon, cuvée Oakville, vallée de Nappa 2002 de Robert Mondavi; et enfin un 1er cru de Vosne Romanée, « Les rouges du dessus », 2004 d’Alain Burguet  pour illustrer le murissement d’un beau pinot noir de la même commune que le premier.

La comparaison des deux pinots est concluante. Le vin de Burguet est fort bien accueilli et le premier pinot prend du galon au fur et à mesure que la dégustation avance et qu’il s’aère dans le verre. Le sangiovese est un peu austère et la perception de sècheresse en finale déplait. La Syrah gagne le cœur de tous par son ampleur, ses arômes concentrés de fruits noirs, son boisé vanillé aux arômes de café et de chocolat noir qui est bien intégré et la légère touche de  pain grillé, presque brûlé qui lui confère un petit côté sauvage pas déplaisant du tout. Le poivre blanc en finale surprend et étonne. Le Robert Mondavi est immense, prêt à boire même si encore jeune, des tannins présents, mais fondus, un boisé bien perceptible, mais intégré. Un vin  puissant et harmonieux à la hauteur des beaux "cabs" de la Californie quand ils échappent à la tendance « jus de planche » trop répandue dans le Nouveau Monde. Enfin, le bourgogne de Burguet séduit par sa finesse, sa profondeur et sa complexité.

Confrontés aux Terrines de Wapiti à la gelée de mûres, de lapin à la gelée de framboise, au pâté de faisan et morilles, aux saucissons de Gênes et celui à l’ail tranchés mince et épais pour saisir l’importance des textures dans les jeux d’accord mets/vins; aux fromages de Brebis Zachary Cloutier, au Louis d’Or, une pâte ferme, tous deux de Wawick au Québec et un L’étivaz de Suisse, ils se comporteront assez bien le chianti mis à part.

Tous reconnaissent que les deux blancs conservés pour la comparaison rouge/blanc avec les fromages donnent de meilleurs accords et que la complémentarité des rouges avec les fromages est plus que discutable. Ultimement, c’est la Syrah qui est le vin rouge de la soirée, suivie de près par le bourgogne de Burguet et le cabernet/sauvignon de Mondavi.

Le chien Boghey, le Rottweiler, charmeur et séducteur, a passé une soirée somptueuse, cajolé par les filles et caressé par les gars. Baïla, la bergère allemande, moins spontanée et plus en retrait, a pu compter sur les gars et la belle Hélène pour sa dose d’affection,

La soirée se termine cinq heures plus tard. Tous ont l’air ravi de l’expérience, moi le premier.


vendredi 16 décembre 2011

Les relationnistes et agent de communication ont besoin de mieux connaître le vin.

Les agents de communication et les relationnistes ont souvent la responsabilité de choisir les vins lors des repas d’affaires, les événements publics, les lancements et les campagnes de promotion de produits ou d’événements. Ils sont souvent mal préparés pour ce faire. De là est née l’idée de créer des ateliers d’initiation et de formation qui répondent à ce besoin.

Avec la complicité d’une agence connue de Montréal, nous avons tenté l’expérience avec les employés de cette entreprise qui se retrouvent souvent dans cette situation. Nous y sommes allés d’abord avec les rouges qui constituent 70 % de la consommation de vins, réservant les blancs pour une prochaine fois.

Huit vins illustraient les diverses options, tous en mono cépage, pour apprécier les contrastes, les qualités et les limites de chacun :
un Gamay du Beaujolais du Domaine des Vissous; un Cabernet franc de la Loire, Saumur-Champigny, Château deTargué; un Pinot noir de Bourgogne, le Thierry Violot-Guillemard; un Merlot du Domaine Katsaros en Grèce; une Syrah du Rhône, un Saint-Joseph des Vins de Vienne; et un Cabernet Sauvignon de la maison chilienne Lapostole.

Divers aliments servaient aussi à illustrer le propos. Des pâtés de faisan et de cerf, des jambons plus ou moins relevés, des saucissons qui allaient du plus doux aux plus épicés ou salés. Deux fromages pour illustrer les talents limités des vins rouges à tenir compagnie aux fromages : un chèvre granuleux de la Loire et un Délice de Bourgogne triple crème.

Nous avions quand même des contraintes de budget et d’appétit des participants pour choisir et diversifier les aliments qui servaient le propos.

Rien comme une dégustation comparative pour déciller les yeux les plus fermés. On a vite vu la grande flexibilité et la capacité d’adaptation gastronomique du pinot noir. Le côté souple et sans relief, mais jamais conflictuel du beaujolais avec la plupart des mets. On a aussi constaté que plus le vin est dense, complexe et lourd moins il peut s’adapter. Mais, lorsque cela colle avec un aliment, cela peut donner du grandiose : le Cabernet/Sauvignon avec les viandes rouges, l’agneau de préférence, ou encore la Syrah avec les saucissons épicés ou salés et les jambons goûteux.

Je vous passe tous les résultats des expériences faites mercredi dernier, car cela devient vite fastidieux. Mon propos voulait attirer l’attention des sommeliers et conseillers en vins sur l’existence de ce besoin.

Je ressors de ce premier atelier avec la conviction qu’il y a là un marché intéressant parce que ce groupe de professionnels doit mieux comprendre les mérites, qualités et caractéristiques des divers vins afin de mieux répondre aux besoins de leurs clients.

jeudi 8 décembre 2011

UNE SOIRÉE EN CHAMPAGNE

Elizabeth qui rentrait de Paris le jour même me rappelait que les Français considèrent le champagne rosé comme un vin destiné aux touristes et à l’exportation. Est-ce vrai? Je ne sais trop. Ici, il est populaire, surtout l’été et dans le temps des fêtes.

Nous en avons trois d’aligner devant nous : Tolérance de Franck Pascal, disponible pour la première fois à la SAQ (cellier de novembre), le Rosé de Bruno Paillard; à la SAQ également, et celui de Francis Boulard en importation privée chez Vinealis.

Le vin de Pascal est léger, fin, très rafraichissant, aux bulles fines moyennement abondantes, un nez subtil peu « levuré » et une bouche plutôt délicate. Joli vin. Celui de Paillard est très pâle aux reflets orangés, on dirait presque un gris. Un nez plus complexe que le précédent, mais de la finesse aussi. Il passe bien avec les huitres et la mousse de crevettes. Enfin, le vin de Boulard est plus costaud, plus minéral, plus droit aussi. Un nez étoffé et complexe, pas racoleur, mais dense, sucre résiduel au minimum, un vin qui se révèle formidable en accompagnement, des aliments disposés sur la table, dont les huitres, la mousse de crevette, les sushis, le homard, le pâté de foie et le caviar… Un champagne pour la table, ce qui est souvent le cas des vins de Boulard.

Les plats font le tour, les bouteilles aussi. Le ton a monté, les rires fusent, les conversations sont animées, le « party est poigné ». Il devient difficile de gérer la dégustation. Les quelques règles de base que nous respectons habituellement sont parties en BULLES.

Que puis-je vous dire des quatre champagnes qui circulent? Ils sont: la cuvée 734 de Jacquesson; le Grand Cru Mailly-Champagne de Francis Boulard, un Brut nature; la Première Cuvée de Bruno Paillard; et le Brut entrée de gamme de Ruinart. Je peux ajouter que malgré le joyeux chaos qui s’est installé, le Jacquesson est accueilli avec tiédeur, mais il reprendra du galon avec les aliments; le Boulard et le Paillard passent discrètement, mais sans être critiqués, ce qui est bien vu l’accueil réservé au Jacquesson; et que le Ruinart semble la vedette incontestée de la soirée. Mais attention, le Dom Pérignon cuvée 2000 n’a pas encore été servi.

Le voici dans toute sa splendeur, éblouissant de complexité et de richesse aromatiques et gustatives. Nous sommes « flaberghasted » comme le diraient mes voisins de Pointe-Claire (prononcer Pointtt Clèrrr).


Un moment le calme s’installe. Tous et chacune accusons le coup. Nous sommes devant un grand vin et la plupart d’entre nous le dégustons pour lui-même, seul, sans manger les tartes aux fruits et frangipanes, les fraises, les framboises et les melons qui se sont ajoutés. « We count our bleesing » célèbreraient mes voisins d’à côté… « Gracias a la vida » s’extasieraient mes voisins vénézuéliens d’en face.

On finit par en revenir . Le temps file. Nous mangeons les tartes et les fruits, desservons la table, ramassons les verres et les crachoirs qui ont peu servi, vous le devinerez. Un peu d’ordre est mis dans la maison de Hélène et Raymond (merci de l’accueil les amis) et l‘on se quitte en liesse en se donnant rendez-vous le deuxième mercredi de janvier.

mercredi 7 décembre 2011

LE FESTIN DES FINAUDS

Les 10 membres réguliers du Club des Finauds sont présents chez Gilles dont la cuisine est joliment équipée et ultra fonctionnelle. 
Chacun est venu avec une bouteille. 


Nos deux cuisiniers, Simon et Julien, ont été informés à l’avance de nos  choix. Nos chefs ont donc préparé un repas en accord avec les vins qui se retrouveront sur la grande table. Je dis un repas mais c’est plutôt un festin qui nous attend.

On démarre avec quatre hors d’œuvres : du saumon fumé maison avec huile d’olive légère et zest de citron; une verrine de crème de petits pois à la truffe noire en espuma; deux huîtres, et un carpaccio de bar et courge. Accompagnent les plats; « Dis vin secret », un champagne brut de Françoise Bedel; et la Cuvée Grande Réserve 1864, Grands crus, blanc de blancs, de Jean Milan.

 Le Bedel est plus tendu, minéral avec une acidité plus jeune et il s’accorde bien avec les plats devant nous. Le Milan, tout chardonnay, est déjà plus mur, rond, brioché, beau nez, belle bouche, les bulles sont plus fines et plus nombreuses que le champagne précédent mais sa complicité avec les plats est moins éloquente.

Les entrées nous entrainent dans un autre registre.
La Lotte à l’huile d’olive noire, qui s’inspire de « Ombres et lumières », une recette du grand chef  Michel Bras, nous jette à terre. Le poisson est juste assez cuit pour ne pas devenir cotonneux. Le goût de l’olive noire est intense et concentré et le Riesling Grand Cru Schlossberg 2004 d’Albert Mann relève le défi de l’accord de belle manière, démontrant une fois de plus les grandes qualités gastronomiques de ce cépage.

Puis une assiette de légumes racines au naturel dont une inoubliable purée de topinambours se frotte à deux belles bouteilles : un Volnay Clos des Ducs 2004 du Marquis d’Angerville et la cuvée « Chante Alouette », un Hermitage 1998 de Chapoutier. Le Volnay s’accorde assez bien avec les légumes. L’Hermitage, légèrement oxydé, est un peu réservé au départ, au nez et en bouche, mais sa complicité avec l’assiette est fort belle. Les convives flottent littéralement et sont conscients de vivre un beau moment.

Mais attention : « much more coming ».


Les plats principaux nous font monter encore d’un cran.
La tartelette feuilletée au boudin noir accompagnée d’un chutney de pommes et oignons, écume au Pommeau de Normandie est tout simplement sublime. Deux vins lui tiennent compagnie : la Petite Syrah de la réputée maison Stag Leap en millésime 2007 et le Château de Beaucastel, Châteauneuf du pape 1998. Le premier en jeunessefait bonne impression. Il est dense, concentré, avec un bel avenir devant lui, mais un peu fougueux pour la finesse du plat, . Le Beaucastel est à maturité, délicat pour un C9dP, subtil et en finesse; merveilleux avec ce plat.

Nous enchaînons avec une  Palette de bœuf à la bière noire, café et poivre long, la sauce réduite, purée de pommes de terre Yukon Gold « Robuchon » et ail rôti. Un Brunello di Montalcino 2003 de la maison Casanova di Neri se présente dans nos verres. Encore vigoureux, aux tanins fondus mais à la bouche et au nez denses et complexes, il s’entend bien avec ce met sans que l’accord ne soit spectaculaire. Ces vins arrivés à maturité affichent souvent une douceur et une langueur que leur jeunesse ne laisse pas toujours présager. Celui-ci est très réussi.

FROMAGES? Non merci crient en chœur  les convives qui n’en peuvent plus bien que les portions soient modestes.  

UN DESSERT? On  respire, on rigole, on discute de notre chance puis une jolie petite tarte aux poires et frangipane de pistaches atterrit devant nous avec un Tokaji ASZÙ « Blue Label » 2006. Nous sommes au septième ciel.

Gracias a la vida et aux chefs Julien et Simon. Ce sera dorénavant une tradition du Club à Noël pas de doute.

Les convives se quittent autour de 23h00, repus et heureux.

samedi 26 novembre 2011

La Syrah

Malgré une hausse marquée de sa popularité depuis une vingtaine d’année et son omniprésence en terre australienne; malgré sa contribution essentielle dans les assemblages réputés des vignobles du Sud de la France et son rôle de « Star » depuis la découverte des magnifiques vins du nord de la Vallée du Rhône, la Syrah reste souvent énigmatique et un peu étrangère aux amateurs de vins qui nombreux se cantonnent dans le Bordelais ou la Bourgogne, la Californie, l’Espagne du Tempranillo, ou l’Italie du Sangiovese et du Nebbiolo.
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Nous sommes dix autour de la table. Le Montlouis sur Loire de François Chidaine a aiguisé nos papilles. Onze bouteilles de Syrah ou de Shiraz nous attendent; de l’Australie, de l’Afrique du Sud, de la Californie, de l’Espagne et de la France, bien entendu, sa terre d’origine, là où elle trouve sa plus belle expression.

J’ai tenté de réunir des bouteilles qui donnent un aperçu diversifié et de qualité de ce que produit ce raisin magnifique. La dégustation se fait à l’anonyme, et l’identité des vins est divulguée à la fin de chaque série.

La première série
On attaque avec l‘exubérant et joyeux « Le Pousseur » 2007 de l’excentrique californien Boony Doon que plait et plaira d’avantage lorsque les convives connaîtront son prix doux de 24$. Pour une fois que le premier vin n’est pas assassiné. Ça commence bien. Suit le beau vin du petit vignoble d’Adélaïde Hills, le Ngeringa 2006 des jeunes vignerons australiens Janet et Erinn Klein, un vin classique malgré la jeunesse des vignes qui lui donne un petit côté vert, assez inhabituel dans un Shiraz d’Australie. Les convives le garderont jusqu’à la fin et il tiendra sa place  avec modestie aux côtés des belles syrahs du monde.

On enchaîne avec deux produits des Vins de Vienne; le Sonatum 2009 et le Saint-Joseph 2005. Les deux font bonne figure mais les qualités gastronomiques du Saint-Joseph feront merveille avec les charcuteries qui suivront la deuxième série.

La deuxième série
Dès le premier contact avec l’Austin Hope 2005, les dégustateurs rejettent le vin dans un grand mouvement d’unanimité. Il est déséquilibré, aux arômes de goudrons et de caoutchouc brûlé, un vin qui va dans toutes les directions. J’y avais goûté il y a quelques années et il ne m’avait pas paru aussi quelconque. D’ailleurs, deux des personnes présentes le connaissaient bien et furent surpris d’apprendre que la bouteille honnie de cette dégustation était la Syrah de la famille Hope.

Le Calzadilla, un Vino de la Tierra de Castilla en Espagne, ramène l’intérêt de la table par ses arômes de fruits noirs, cassis, mûres et cerise, son milieu de bouche élégant, un peu fumé, et sa belle finale poivrée avec une touche d’épices. Pas mal pour un vin de 30$.

Le puissant et spectaculaire vin du sud-africain David Trafford, gagnant du meilleur vin de l’année 2010 toutes catégories confondues selon le prestigieux Guide Platter’s, tient ses promesses. En millésime 2008 il est jeune, très jeune. Ses tannins sont fermes mais son acidité, ses arômes intenses de fruits noirs qui voisinent avec des notes légères de torréfaction, du poivre blanc, en font un vin équilibré, appelé à vieillir longtemps. On ne sent pas la chaleur de ses 16% d’alcool.

Le Stork  2005 de la maison sud-africaine Hartenberg ferme la marche avec brio. Plus classique, plus de finesse, des tannins déjà fondus, plus léger en alcool aussi, il est plus accessible que son compatriote mais moins prometteur. Les deux vins sud-africains démontrent de belles qualités gastronomiques mais c’est le vin de Trafford qui règnera en maître avec les aliments, dominant même les vins de la Vallée du Rhône.

La troisième série
Le Cornas Les Ruchets 2003 ouvre la marche, suivi de la Côte-Rôtie 2006 « Clusel-Roch » de JL Colombo, et de la prestigieuse cuvée « The Factor » 2006 du génial Australien Tobreck. Wow! Trois  superbes expressions de la Syrah qui, ajoutées aux deux sud-africains, composent un quintette magnifique. Le Torbreck est le plus complexe et le plus nuancé des cinq, ce qui étonne d’un Shiraz d’Australie. Les deux vins de la Vallée du Rhône sont appréciés à juste titre et démontrent aussi de belles qualités gastronomiques.

Le vin de Torbreck disputera le statut de vin préféré de la soirée à la Syrah de David Trafford qui l’emportera finalement parce que deux fois moins cher. On se dira aussi que les deux vins modestes de Bonny Doon et du vignoble australien Ngeringa représentent de loin le meilleur rapport qualité/prix avec le Saint-Joseph des Vins de Vienne.


Les dégustateurs se quittent vers 23h.



mardi 22 novembre 2011

Une incursion en Barolo et Barbaresco

Je dis souvent que les dégustations dites techniques sont cruelles et hier n’échappait pas à la règle.

Les six membres du Club présent avaient choisi de faire un tour du côté du Piémont en privilégiant les Barolos et les Barbarescos. On pouvait aussi apporter une bouteille en appellation plus générique « Langhe », car de plus en plus de producteurs de cette région choisissent d’abriter leurs Barolos et Barbarescos sous ce parapluie plutôt que de se soumettre aux contraintes des DOCG (denominazione de origina calificada y garantita) qui sont importantes en Italie.

Pourquoi cruelle? Parce que dès l’alignement des 6 bouteilles par Conrad, l’un des deux Barbaresco, celui de Pio Cesare en millésime 2006, se révèle ultra boisé, aux arômes de goudron et de pneu calciné qui occultent tout le reste. Un vin très déséquilibré. Une surprise aussi, car la maison Pio Cesare a une belle réputation. Les dégustateurs font fi des conventions et envoient la quille de Monsieur Cesare en fin de ligne. Je vous le dis, dure, dure les dégustations.

Je vous rappelle que ces vins du Piémont sont faits à partir du cépage Nebbiolo, un raisin capricieux, difficile à saisir et à faire évoluer, qui voyage mal, mais qui donne des vins magnifiques une fois apprivoisé et domestiqué par les vignerons et Maître de Chais de cette région du nord-ouest de l’Italie.

Le Premier vin est un Barbaresco 2006 des Produttori del Barbaresco, une des belles coopératives du Piémont. Il est réussi même s’il tarde un peu à se révéler à cause de sa jeunesse. Son  séjour dans le verre nous amènera à découvrir de beaux arômes fruités et fleuris, un peu de fumée, une pointe de réglisse, une belle structure tannique en voie de se fondre. Il sera l’un des préférés.

Le Barolo 2007 de Prunotto suit. De confection plus traditionnelle, privilégiant plus l’opulence et la concentration que l’élégance, il offre peu au nez et à la bouche. Fermé comme une huître, il se laissera deviner et à peine au cours de la soirée. Un vin à laisser dormir dans une cave pour au moins une décennie.

Le Barolo Bussia Dardi Le Rose de la maison  Poderi Colla en millésime 2001 fait son entrée, classique, jeune malgré ses dix ans, les tannins un peu serrés, cerise, goûte de vanille, du cuir, un côté terreux … Une belle finale. Un vin qui va se bonifier en vieillissant.

La star de la soirée se présente, « Il Favot Langhe » d’Aldo Conterno en millésime 2006, une DOC Langhe. Dès l’entrée en bouche la puissance des tannins surprend, mais vite  il s’adoucit, montre de la finesse en milieu de bouche. Sa finale est toute en longueur et subtilité. Des arômes de réglisse, une touche de goudron, légère,  qui fait un contrepoint aux fruits noirs, un peu de bois, mais intégré, une belle acidité. Un équilibre étonnant entre puissance et délicatesse. Il fait honneur à la brillante réputation d’Aldo Conterno. Un vin superbe.

Le cinquième vin ramène un peu de lustre à Pio Cesare, dont le Barbaresco a été solidement écorché par les convives en début de soirée.
Son Barolo 2001 est correct, bien même, avec du bois, mais intégré; des tannins fondus, des arômes assez classiques de prunes, de fruits noirs et de réglisse et légèrement terreux, dans le style espagnol… Pas un «hit» mais apprécié.

Certains parmi nous revisitent le Barbaresco de Cesare en vain.

Puisque Conrad et Olivier sont particulièrement versés dans l’art d’accorder vins et mets, je les laisse commenter les qualités gastronomiques des vins sur ma page Facebook.

La liste des vins en ordre de préférence:.

1) Il Favot Langhe, Poderi Aldo Conterno 2006;

2) Barolo Bussia Dardi Le Rose, Poderi Colla, 2001
3) Barbaresco des Produttori del Barbaresco, 2006
4) Barolo, Pio Cesare, 2001
5) Barolo, Prunotto, 2007
et
6) Barbaresco, Pio Cesare, 2006 (rejeté)

mardi 15 novembre 2011

Le Jugement de Paris revu par le Club des Finaud

Nous étions neuf hier pour revivre un peu le Jugement de Paris de 1976 où les vins californiens avait été mieux évalués que les grands vins français par un jury presque exclusivement composé d’experts français. En blanc, c’est le Château Montelena 1973, vallée de Nappa  qui l’avait emporté par une assez bonne marge alors qu’en rouge c’est le Stag’s Leap Wine Cellar 1973 qui avait coiffé de peu le Château Mouton Rothschild et le Château Haut-Brion.

Nous ne referons pas le débat sur le mérite de ce genre de dégustation. Nous étions là pour nous amuser et voir où nos goûts et notre expertise nous mèneraient.

En blanc nous avions dans l’ordre :
- le Meursault 2008 d’Olivier Leflaive;
- le Puligny-Montrachet, Premier cru Les Referts 2008 de Vincent Girardin;
- le Château Montelena 2008m chardonnay de la Vallée de Nappa,
   le grand gagnant en 1976 à Paris;
- le Grgich Hills Estate 2008 de la Vallée de Nappa.

En rouge, dans l’ordre :
- le Cabernet-sauvignon, Stag’s Leap Winery 2006, Vallée de Nappa,   
  le vignoble dont une des cuvées avait remporté la palme à Paris;
- le Château Malartic Lagravières, un Pessac-Léognan 2006;
- le Cabernet-sauvignon Grgich Hills estate 2007 de la Vallée de Nappa;
- le Château Montrose, un Saint-Estèphe 2006, Medoc.

Disons tout de suite que les dégustateurs ont eu plus de difficultés à distinguer les américains des français en blanc. Finalement c’est le Grgich de Nappa qui a reçu la faveur des dégustateurs devançant par un nez ou deux le Puligny-Montrachet, suivis du Château Montelena de Nappa et le Meursault de Leflaive fermant la marche. Fait à noter, c’est ce même Mike Grgich qui avait vinifié le  Montelena 1973, gagnant à Paris en 1976. Les trois premiers furent tout de même très appréciés des dégustateurs.

En rouge, la plupart des convives ont identifié les vins selon leur origine et le classement fut un peu différent car le Château Montrose, un  « deuxième cru classé » selon  la classification de 1855, a devancé tous les autres de manière décisive. Ensuite, le Stag’s Leap californien pointait à distance, suivi tout près par le Cabernet-sauvignon de Grgich et fermant la marche, décevant, le Château Malartic Lagravière, un Grand Cru classé de Graves que les amateurs de ce vin ne reconnaissaient pas. Il n’avait pas de défauts identifiables; aucune piqure lactique ou ascétique, pas de bouchon, mais un manque flagrant d’harmonie et une lourdeur inhabituelle.

Voilà. Ce fut très amusant, sans prétentions et nous avons reçu une belle leçon d’humilité comme c’est souvent le cas en dégustation à l’anonyme.